L’entomologie
forensique

Photographie d'une mouche bleue
Pour démasquer
certains criminels, on étudie les insectes qui envahissent les cadavres.
Ceux-ci agissent selon une chronologie bien définie : ils indiquent le
déroulement de l'action et l'heure de la mort. L'entomologie médico-légale ou
forensique, est la technique d'étude des insectes qui va permettre de dater la
mort d'un sujet à un jour près, par mois d'ancienneté du cadavre. L'entomologie
médico-légale, dont la première application connue en France remonte à 1850,
consiste à étudier l'ordre d'arrivée et le stade de développement des espèces
d'insectes retrouvées sur le cadavre.
1 - Principe & Généralités
L’organisme humain, une fois mort, constitue une énorme réserve en nutriments
pour les bactéries ainsi que pour les insectes. Les cellules du corps n’étant
plus protégées par le système immunitaire, sont alors la proie d’insectes
nécrophages voraces. Ces derniers vont se servir du corps de l’individu décédé,
afin de se nourrir, ou de nourrir leurs progénitures. Quelques minutes après la
mort de l’organisme, il se produit des réactions d’autolyse qui sont des
transformations fermentatives (qui s’observent sans l’action de bactéries ou
d’agents étrangers à l’organisme). Les substrats produits lors de ces réactions
dégagent des odeurs spécifiques (pas forcément perceptibles par l’Homme),
attirant ainsi les premiers insectes qui vont pondre leurs œufs dans les
orifices naturels (sphincters, pores de la peau) et dans les blessures. La
ponte se fait le plus souvent de jour et ne survient habituellement pas en
dessous de
2 - Méthode
L’arrivée des insectes se fait en 8 escouades.
1ère escouade : Les premiers
insectes sont les Calliphoridae ou mouche à viande et les Muscidae
ou mouches domestiques communes. Ces insectes arrivent directement après la
mort, avant qu’il y ait d’odeur de décomposition. Ils arrivent parfois même
juste avant la mort, à l’agonie. D'un bleu sombre brillant, leurs larves
aspirent les liquides produits par la transformation des tissus organiques.

Calliphoridae
Muscidae
2ème escouade : Les mouches Sarcophagidae,
striées de noir et de blanc, attirées par l'odeur de la mort, arrivent dès que
le corps dégage les odeurs cadavériques, aux alentours de trois mois après la
mort. Elles pondent des larves qui réduisent les tissus en bouillie.

Sarcophagidae
3ème escouade : Les coléoptères Dermestidae surviennent
lors du rancissement des graisses car il y a libération des acides gras
volatiles, qui attirent les insectes de cette catégorie.

Dermestidae
4ème escouade : Les mouches Piophilidae ou mouches du
fromage, d'un noir luisant, apparaissent lors de la fermentation de la caséine
entre quatre et huit mois.

Piophilidae
5ème escouade : Un dégagement d'ammoniac donne ensuite le signal
de la cinquième vague : les coléoptères, dont Histeridae.

Histeridae
6ème escouade : Une fois les fermentations arrêtées, surviennent
les acariens, arachnides microscopiques qui nettoient les dernières humeurs du
cadavre, entre six et douze mois après le décès.

Acarien
7ème escouade : Les coléoptères et les lépidoptères de la
septième vague interviennent lorsque le cadavre est complètement desséché,
entre un et trois ans. Les coléoptères raclent les ligaments et les tendons du
cadavre.

Coléoptère
8ème escouade : Les
coléoptères Tenebrionidae, un scarabée, et Ptinidae interviennent
trois ans après la mort et éliminent tous les restes des escouades précédentes
(pupes, excréments, insectes morts).

Ptinidae
Pour déterminer à quelle espèce appartiennent les insectes recueillis,
l'entomologiste commence par examiner les détails des minuscules pièces
buccales et des orifices respiratoires situés à l'extrémité de l'abdomen. Ces
organes sont difficiles à prélever et donnent peu de résultats exploitables sur
les jeunes larves. C'est pourquoi on laisse, si possible, quelques larves se
développer en laboratoire, dans des conditions contrôlées, car les mouches
adultes sont plus faciles à identifier. Certaines mouches vertes peuvent
appartenir à des familles différentes, que l'on distingue par la présence de
sillons sur le thorax, la forme de nervures des ailes, la couleur de l'attache
de celle-ci. Sur une mouche, un poil supplémentaire peut traduire une différence
d'âge d'une vingtaine d'heures. Enfin, quand on dispose de suffisamment de
temps, on peut identifier l'espèce en analysant son matériel génétique.
Pour qu’une espèce nécrophage puisse se développer de l’œuf à l’insecte
parfait, il lui faut une somme de température spécifique à l’espèce. Cette
somme est calculée en additionnant les moyennes de température par jour, moins
l’indice également spécifique à l’espèce. Lorsque la somme est atteinte, elle
correspond au jour de ponte de l’espèce.
Le travail de datation du décès est une tâche fastidieuse. Le problème de dater
l’instant à partir duquel commence la mort ne se résout pas à l’aide d’une
méthode miracle. La résolution de ce problème est l’œuvre de la concordance
entre plusieurs résultats apportés par des méthodes de datation distinctes. Ces
méthodes font à la fois appel à l’examen du corps en lui-même mais aussi à la
constatation de l’action de la faune sur celui-ci. Seule la mise en commun des
dates apportées par les différents types de datation permet une datation des
plus précises. Cette datation et sa précision dépendent de deux facteurs qui
sont le temps et le lieu de séjour du corps. Cependant, toujours dans le cadre
d’une enquête judiciaire, ce travail de datation n’est parfois pas un travail
suffisant. Il est nécessaire quelquefois de réaliser au préalable une
identification pour pouvoir replacer la victime dans le cadre de l’enquête,
(c’est-à-dire ne pas s’appuyer sur des preuves fausses pour juger un homme), ce
qui s’avère très souvent difficile. En effet, le corps est parfois dans un état
de difformité assez important (gonflé d'eau dans le cadre d’un noyé, ou dans un
état de décomposition extrême) qui rend ce travail d’identification souvent
difficile. La datation n’est alors d’aucune utilité si la victime n’est pas
identifiée. Ce problème de l’identification est un problème qui va de pair
totalement avec la datation, et c’est un sujet qu’il faudrait traiter afin de
parfaire les connaissances apportées par cet exposé.
3 – Limites et contraintes
Cependant, la datation des cadavres par l’observation des insectes présents sur
un cadavre a des limites. En effet, beaucoup de paramètres jouent sur la
vitesse et le temps d’arrivée et de développement des insectes sur le corps.
Voici un tableau récapitulatif du développement de plusieurs insectes
intervenant sur le corps humain après son décès.
|
|
Mouche domestique (Musca domestica) |
Mouche bleue (Calliphore vicina) |
Mouche verte (Lucilia caesar) |
Mouche noire (Sacrophaga carnaria) |
|
0 (ponte) |
Œufs |
Œufs |
Œufs |
Larves |
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2 jours |
Éclosion ( |
Éclosion ( |
Éclosion ( |
Éclosion ( |
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3 jours |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
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4 jours |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
|
5 jours |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
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6 jours |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
|
7 jours |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
Larve ( |
|
8 jours |
Pupaison ( |
Pupaison ( |
Pupaison ( |
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10 jours |
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|
Pupaison ( |
|
14 jours |
Adulte |
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18 jours |
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|
|
Adulte |
